Sigmund Freud découvre l’inconscient et le définit comme un savoir qui s’exprime au détriment du Je conscient cartésien. Ce savoir parle de manière symbolique et détournée à travers le symptôme et ne figure pas dans le champ de la connaissance d’un cogito qui pense, mais dans l’inconscient qui parle à notre insu. Précisément, ce lieu de savoir manque au Je conscient, il apparaît troué. C’est pourquoi Je ne suis pas le maître de ma propre maison1 car il me manque une partie d’une connaissance de mon être dans sa totalité.
Le sujet de la psychanalyse est un sujet divisé, clivé entre un savoir conscient et un non-savoir, inconscient. Là où Descartes affirmait “Je pense donc je suis”, Lacan rétorque “Je pense, je ne suis pas, donc je suis où je ne pense pas2”; d’où la question : “Qui suis-je?” de l’analyse.
Qui suis-je si je ne suis pas qu’un simple Je ?

Il nous appartient d’écouter ce que l’inconscient nous dit à travers un langage qui n’est pas celui de la conscience. Ecouter le symptôme, qui est la parole de l’inconscient usant de signifiants; “l’inconscient est structuré comme un langage3”, mais un langage symbolique qui sans cesse nous dévoile: en rêve, au travers d’un lapsus, de maux, d’actes manqués, etc.
Si Je fais partie intégrante du langage inconscient, celui-ci n’a pourtant rien d’individuel car il est précisément ce qui nous lie aux autres, à la communauté. L’inconscient est transindividuel car il est ce lien entre les générations, il nous permet de nous entretenir avec ce qui nous a préexisté. L’inconscient-langage est un tissage4 qui permet la continuité d’un univers symbolique chez chaque individu, les assujettissant et les conditionnant également à l’Autre. La structure langagière permet le maintien d’un système humain5 qui nous définit dès notre naissance et nous donne une place dans le monde: quand je née, je suis dès lors la “fille de…” et je suis nommée. L’inconscient permet l’instauration et la continuité d’une histoire, qu’elle soit familiale, générationnelle ou sociétale; il nous instaure et introduit dans un monde, une communauté et un discours qui nous préexiste. Le langage nous précède et ne nous est pas propre. Néanmoins, l’aspect singulier de l’inconscient qui se forme dans notre vie individuelle laisse quelque place à l’interprétation subjective, permettant le façonnage et la création d’une réalité personnelle: l’inconscient est une assignation plus qu’un déterminisme.
Au-delà d’un discours historique antérieur, l’inconscient est le lieu d’un savoir qui nous manque et ce trou qu’il constitue sera voué à l’interprétation; nous avons pour responsabilité de donner une réponse à cette assignation du langage. Tout dépend de l’appréhension que l’on a du discours donné de l’Autre, mais nous n’y sommes pas nécessairement réductibles. L’aspect déterministe de l’Autre est précisément rejeté par notre prise de responsabilité réelle à répondre au signifiant dors et déjà donné. Le vrai déterminisme réside dans la confrontation personnelle au signifiant bien plus que dans une dépendance anatomique – laquelle pourtant Freud désignait être notre “destin6”.
Ai-je un destin?

Répondre à “l’énigme du réel de son être7”, c’est précisément la seconde fonction du symptôme qui a à nous dire des choses et qui défie les déterminations bio-psycho-sociales en nous offrant la possibilité d’une réponse non-réductible au langage symbolique de l’Autre auquel nous sommes assujettis par essence; il est question de construction à partir de composantes symboliques données. Le destin réside dans la responsabilité à entreprendre l’écoute de qui l’on est véritablement.
- FREUD. S., L’Introduction à la psychanalyse. ↩︎
- MASOTTA, O., « Jacques Lacan ou l’inconscient aux fondements de la philosophie », Psychanalyse, vol. 31, no. 3, 2014, pp. 107-124. ↩︎
- LACAN, J.,, Le Séminaire, Livre XI, Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse, p. 36. ↩︎
- Berger, Frédérique F, Bernadette Lemouzy-Sauret, et Marie-Jean Sauret. « Sujets et lien social contemporain », Cliniques méditerranéennes, vol. 79, no. 1, 2009, pp. 279-295. ↩︎
- LACAN. J., Le Séminaire, Livre I : Les écrits techniques de Freud (1953-1954), Paris, Seuil, Points, 1975, p.248. ↩︎
- LACAN. J., Le Séminaire, Livre X : L’angoisse (1921-1962), 2004, Paris, Le Seuil, p.207; 13/III/63. ↩︎
- Berger, Frédérique F, Bernadette Lemouzy-Sauret, et Marie-Jean Sauret. « Sujets et lien social contemporain », Cliniques méditerranéennes, vol. 79, no. 1, 2009, pp. 279-295. ↩︎

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