Gaëtan Gatian de Clérambault (1872-1934) fut psychiatre à Sainte-Anne, enseignant par ailleurs de G. Heuyer, P. Sivadon et J. Lacan. Ses travaux psychiatriques oscillent entre études sur les psychoses toxiques et psychoses délirantes passionnelles qu’il dissocie formellement du groupe des paranoïas. Son apport aux cas de délires chroniques ayant pour noyau “l’automatisme mental” est ce qui ressort le plus de son œuvre; si délire il y a, cela est du fait d’un dysfonctionnement cérébral qui manifeste les aspects primitifs que fondent l’automatisme mental. Ceci distingue directement la paranoïa (délire interprétatif structuré) de la psychose hallucinatoire chronique (automatisme mental premier). A ce stade, son travail clinique s’étaye d’un mécanisme et d’un neurologisme qui bouscule la nosographie de la psychiatrie normative.
L’automatisme mental est une manifestation psychopathologique qui, chez le patient, s’observe par un sentiment et un vécu d’imposition que sa volonté n’est plus sienne mais contrôlée par une force externe et étrangère, ceci au niveau de la volonté psychique mais aussi, à celui de la pensée, des actes et des perceptions en général. Le noyau de l’automatisme mental est la rupture du sentiment d’initiative, mêlé à la sensation d’étrangeté, il provoque des pensées faites, pensées imposées, échos de la pensée, commentaires des actes, vol de la pensée: des phénomènes de passivité que Lacan reprend dans sa clinique de la schizophrénie. Cet automatisme peut se trouver à la fois “grand” et “petit”.

Le grand automatisme se révèle dans des hallucinations verbales avec commentaires des actes, des verbalisations de pensées, des divinations, des vols de sa pensée et discours impersonnel. Des impulsions corporelles y sont également associées, avec des tics et de l’exubérance et extrapolation gestuelle. Tous ces automatismes sont handicapants pour le sujet, d’autant plus qu’il est assailli d’hallucinations en tous genres (cénesthésiques, olfactives, gustatives, visuelles, tactiles et génitales). Pour autant, ces phénomènes psychopathologiques ne présentent pas –au début–, de caractère délirant.
Le petit automatisme est, par définition, plus discret dans sa manière d’émaner. Ce sont les sentiments d’étrangeté, d’extériorité, de non consentement et d’imposition aux réflexions et aux idées qui sont majoritairement rapportés. Ce sont la contrainte et la passivité qui priment.
L’automatisme mental se présente comme une source du délire qui ne se présente qu’après un certain stade du phénomène: tout automatisme ne mène pas nécessairement à un délire systématisé. L’automatisme touche à trois domaines que sont la motricité, la sensibilité et l’idée-verbalisation. Il ne se réduit pas à l’hallucination, c’est ce syndrome premier qu’est l’automatisme qui apparaît générateur des psychoses hallucinatoires chroniques, systématiques et progressives et non pas l’hallucination en tant que telle; les rôles sont inversés. L’hallucination est phénomène constitué quand l’automatisme est un phénomène élémentaire et infra-hallucinatoire. C’est pour cela que l’automatisme mental peut exister sans hallucination constituée.
De sorte que, par exemple, dans le délire de persécution, ce n’est pas l’idée de persécution qui donne lieu à l’hallucination mais bien l’hallucination qui permet l’idée de persécution, car elle est générée par le facteur d’automatisme premier (organique selon de Clérambault), celui-là-même demeure neutre, ni paranoïaque ni interprétatif, mais une perturbation mécanique. Ceci, fait du délire de persécution une élaboration secondaire. Ce n’est pas l’automatisme qui contient une paranoïa minime, c’est la paranoïa qui peut exister indépendamment, et parfois les deux processus se combinent. Quand il y a délire de persécution total, ce n’est pas que l’automatisme devient paranoïaque, mais que les deux mécanismes coexistent. De Clérambault parle de symbiose de deux processus différents et refuse formellement de réduire la paranoïa à l’automatisme. Ceci fait par la même de la paranoïa non pas une simple conséquence hallucinatoire mais une entité nosographique distincte, laquelle peut très bien se mêler au processus d’automatisme mental organique.
A noter que l’ascension des troubles étrangers ressentis jusqu’au délire reste peu commune, le sentiment peut persister et demeurer sans complication.

Comment en arriver aux hallucinations? Selon de Clérambault, il peut souvent se présenter un terrain potentiellement lésionnel ou toxique déclencheur du mécanisme automatique autonome et primitif; soit de séquelles tardives d’infections ou d’intoxications, soit d’un traumatisme. Les séquelles laissées par la toxicité peuvent provenir de tous genres internes ou externes: maladies (syphilis, grippe, fièvre typhoïde, etc.), intoxications par l’alcool ou café, ménopause naturelle ou encore interventions chirurgicales. Ceci fait de l’hallucination un symptôme tardif en fonction de l’état des cellules nerveuses du sujet; l’âge est un facteur fondamental s’agissant de la forme que prendra le processus hallucinatoire. L’hallucination, dans toute sa latence neurologique et sa subtilité, se présente dans les formes et détails de l’automatisme, qui permet d’établir la teneur de la psychose. L’automatisme est le processus primaire, l’hallucination en est la forme manifeste.
En ce sens, l’apport majeur de de Clérambault consiste à isoler un syndrome élémentaire autonome, indépendant de toute construction interprétative, et à en faire le moteur structural des psychoses hallucinatoires chroniques.

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